Non. Je ne défendrai pas Salah Abdeslam.

L’une de mes amies, perfide, sachant ma passion de défendre sans frontières, m’a posé la question : « si on te proposait de défendre Salah Abdeslam, accepterais tu ?
Tout monstre a droit à un avocat, c’est normal, mais tout de même il est des situations difficiles…. »
J’ai eu envie de lui répondre, en catimini, que personne ne me le demanderait.
J’ai senti que ce serait une dérobade.
La nuit a passé.
Je n’irai pas.
Je me ressens trop touché émotionnellement par le crime.
Par sa cause même : tuer au nom de croyances incertaines pour un grand nombre de personnes de par le monde.
Le faire avec cruauté, la kalash dans les yeux effrayés.
Cette imprégnation personnelle, ressentie, me semble insurmontable.
J’ai défendu des personnes qui ont tué, de sang- froid, d’autres personnes.
Le geste n’est jamais plaisant et acceptable, mais l’auteur inscrit toujours, me semblait-il au moins, une part de lui-même dans l’humanité.
J’étais en mesure d’appréhender le dysfonctionnement source du drame.
La démarche était de l’ordre de l’erreur non maitrisée, admise et destinée à être dépassée par son auteur.
Pour Salah Abdeslam le crime s’inscrit dans une stratégie destructrice, cruelle pour impressionner, destinée à fonder l’avenir par la peur.
Dimension incompatible avec mes valeurs.

Pour autant, je ne renonce pas à l’idée que chacun a droit d’être défendu, Salah Abdeslam comme les autres.
Il ne pourrait d’ailleurs pas comparaitre devant une cour d’assises de notre pays, sans que le procès y soit équitable, lui assisté donc.
Sa défense devra être prête à le comprendre.
Elle ne manquera pas de prétendants.